Archive for avril, 2007

1) Dialogue et réalité
Notre posture est certainement très étonnante, peut être même déconcertante !
Mais si nous nous asseyons à côté de ceux qui vivent des situations sociales, sur ce strapontin forcément peu confortable, ce n’est pas pour l’illusion de vivre la même réalité, mais pour chercher à redécouvrir ensemble ce qui s’y joue.
Les dialogues qui se nouent alors, nous rendent mille fois les efforts qu’il a fallu faire pour convaincre que le plus court chemin pour comprendre n’est pas le meilleur.
Et ce n’est pas une simple formule de le dire ainsi. Je pense à cet instant aux reflets encore vifs des regards de Noria, Fatima, Pascale ou Jean-Claude, Michaël, Julien, Christine ou Émili, Isabelle, Juliette ou Jean-Pierre, Renaud, Raoul,…
S’intéresser à l’activité de travail, ce n’est pas aller voir… Ce n’est pas porter un regard d’expert sur des singularités. Ce n’est pas non plus en rester à des singularité, pour faire de ces dialogues des « témoignages », les rapporter ailleurs et laisser à d’autres la faculté de leur donner un nouveau sens.
S’intéresser à l’activité, c’est mettre la réalité au travail avec ceux qui la réalisent, et tisser ensemble des liens entre ces singularités et des généralités.

2) Méthode
Il est alors bien question de méthode, car il ne suffit pas de s’asseoir… J’ai en mémoire le travail de Robert Doisneau pour photographier Jeanne Moreau. En lui disant ce qui semblait être des banalités, il ajoutait « que c’est drôle, que c’est drôle,… ». Jeanne Moreau a fini par laisser échapper le rire qu’il attendait d’elle certainement…
La méthode, comme recherche d’une voie, ne dit pas forcément tout du résultat qu’elle veut obtenir.

3) Réalité et média
C’est un peu étrange qu’on pense souvent aujourd’hui que la parole est une sorte d’imprimante de ce que nous pensons.
En s’asseyant à côté de ceux qui travaillent, on voit bien que c’est un tout autre fonctionnement qui est à l’œuvre. C’est en parlant qu’une pensée s’exprime, que des découvertes vont se manifester.
« En se transformant en langage, la pensée se réorganise et se modifie. Elle ne s’exprime pas mais se réalise dans le mot. » (L. Vygotsky, « Pensée & langage, 1934, 1997, p. 431).

Il suffit de lire la plupart des bilans sociaux des entreprises pour se convaincre que l’égalité de droits entre les femmes et les hommes est respectée…
Il suffit d’assister au spectacle édifiant du quotidien au travail, pour se convaincre de cette inégalité de fait.
Le temps partiel est, par exemple, très souvent avancé pour expliquer un déroulement de carrière différent des hommes.
Ce qui est la cause d’une inégalité, devient ainsi sa justification !

Qui peut croire que les forces de l’ordre doivent appliquer à la lettre les procédures ? Qui peut avancer que pour travailler, il faut faire ce qui est demandé ? Qui peut penser la vie dans un rêve, et avoir besoin d’un autre rêve pour qu’elle se réalise ?
Les hommes !
Mais aussitôt dit, et la vie déborde ces illusions pour un ticket de métro. Le travail est bien autre chose que ce qu’on veut qu’il soit.
C’est une tendance masculine excessive, machiste donc, de penser que la réalité n’est affaire que de discours, de coups de menton volontaires.
Les hommes de pouvoir ont pris cette malheureuse habitude de nous parler de la réalité comme d’une chose toute faite. Au quotidien, dans la vie des femmes et des hommes, la réalité existe par des choses en train de se faire. La réalité n’est que cela !
Les hommes réduits à leur pouvoir, à celui dont ils rêvent, ne nous donnerons demain que des contraintes.
On pourrait penser qu’un monde plus bigarré, nous permettrait d’avancer en marchant, de faire des projets en intégrant les réactions qu’ils font naître.
On pourrait espérer autre chose que le spectacle désolant d’une démocratie trop masculine, qui ne voit dans la féminité qu’un aveu d’impuissance.